De plus en plus d’entreprises de la mobilité durable préfèrent aujourd’hui se taire plutôt que de communiquer sur leurs avancées environnementales. Ce phénomène a un nom : le « greenhushing », ou silence vert. Par peur d’être accusées de greenwashing, certaines organisations renoncent à parler de leurs progrès RSE, même quand ces progrès sont réels. Le paradoxe est cruel : à force de vouloir éviter la critique, ces entreprises se privent de la visibilité qu’elles mériteraient et laissent le terrain médiatique aux discours moins scrupuleux de la concurrence.
Voici pourquoi ce silence est une erreur stratégique et comment communiquer sur ses objectifs RSE.
Sommaire
Comprendre d’où vient la peur du greenwashing
La multiplication des scandales de greenwashing ces dernières années a rendu les entreprises légitimement prudentes. Beaucoup ont vu des concurrents épinglés publiquement pour des promesses environnementales exagérées ou invérifiables et préfèrent désormais ne rien dire plutôt que de risquer le même sort. Cette prudence part d’une bonne intention, mais elle repose sur une confusion : le problème du greenwashing n’est pas de parler de ses progrès, c’est de mentir sur leurs ampleurs ou leurs réalités.
Une entreprise qui communique de façon honnête sur un objectif RSE partiellement atteint ne fait pas de greenwashing. Elle fait de la transparence, ce qui est précisément l’inverse du problème que le silence vert prétend éviter.
Le silence vert coûte plus cher qu’on ne le pense
Ne pas communiquer sur ses avancées RSE a un coût réel, souvent sous-estimé. D’abord un coût de réputation : les parties prenantes, qu’il s’agisse des clients, des investisseurs ou des candidats à l’embauche, considèrent de plus en plus la transparence environnementale comme un critère de confiance. Une entreprise silencieuse sur ces sujets peut être perçue comme n’ayant rien à montrer, ce qui est souvent pire que d’avoir des résultats imparfaits.
Ensuite un coût de visibilité média : dans le secteur de la mobilité durable, les journalistes cherchent des acteurs capables de documenter leur trajectoire, avec ses réussites et ses limites. Une entreprise qui refuse de s’exprimer sur ces sujets laisse la place à des concurrents moins rigoureux, mais plus bavards, qui finissent par occuper l’espace médiatique et façonner le narratif du secteur à sa place.


Communiquer sur des progrès imparfaits
La clé du silence vert consiste à croire qu’il n’existe que deux options : le silence ou la promesse parfaite. Il existe une troisième voie, plus honnête et souvent plus efficace : raconter un chemin plutôt qu’un résultat final. Une entreprise qui a réduit son empreinte carbone de 20 % sur trois ans, sans avoir encore atteint la neutralité, peut très légitimement communiquer sur cette progression, à condition de la présenter comme une étape et non comme un aboutissement.
Cette approche demande une certaine humilité de ton. Il ne s’agit pas de survendre un chiffre encourageant, mais de le contextualiser : quelle est la méthode de calcul, quel périmètre est couvert, quelles sont les limites actuelles et les prochaines étapes prévues. Cette transparence sur les zones grises renforce paradoxalement la crédibilité du message, alors qu’un discours trop lisse éveille la méfiance.
S’appuyer sur des tiers pour crédibiliser le discours
Un des meilleurs moyens de sortir du silence vert sans s’exposer à l’accusation de greenwashing consiste à faire porter une partie du message par des acteurs extérieurs. Un label reconnu, un audit indépendant, une ONG partenaire ou une étude tierce apportent une validation externe que le discours de l’entreprise seule ne peut pas offrir. Une communication RSE qui s’appuie sur ces preuves tierces est perçue comme nettement plus fiable qu’une simple auto-évaluation.


Adopter un rythme de communication régulier
Le silence vert naît souvent d’une attente : celle du moment où l’entreprise pourra enfin annoncer un résultat suffisamment abouti pour être fier de le communiquer. Ce moment n’arrive généralement jamais, car les objectifs RSE évoluent en continu. Mieux vaut adopter un rythme de communication régulier, avec des points d’étape modestes, plutôt que d’attendre une annonce parfaite qui ne viendra pas. Cette régularité installe une crédibilité dans la durée, bien plus solide qu’une communication ponctuelle et spectaculaire.
En résumé, le silence vert part d’une intention louable, celle d’éviter le greenwashing, mais aboutit à l’effet inverse de celui recherché : il prive l’entreprise de la confiance que sa transparence pourrait justement lui apporter. Communiquer humblement sur des progrès réels, même imparfaits, reste la meilleure façon de construire une crédibilité durable sur les sujets RSE, dans un secteur où le silence finit toujours par être interprété contre soi.
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